Kendrick: La meilleure chronique lue sur le Net

AUTEUR: MAC DIARMADA à ce lien.

To Pimp a Butterfly est un manifeste. To Pimp a Butterfly observe aussi la dépression d’un homme qui doute de lui-même. Mais, surtout, To Pimp a Butterfly se refuse à être autre chose que toute la puissance d’un Kendrick Lamar qui, ici, s’exprime avec une verve, une poésie qui rend béat. Il n’y a, ici, aucune concession artistique pour le grand public. Autant dans son propos, extrêmement politique, que dans ses racines musicales, s’accrochant autant au jazz qu’à la musique soul, au claquements incessant du trap, en plus du toujours très saoulant G-Funk, voilà un album aussi noir que l’ébène.


La précarité de la société afro-américaine suinte à travers la voix d’un musicien épuisé, à bout de souffle, qui affronte une dépression personnelle majeure. À plusieurs reprises, le rappeur terminera une chanson en récitant un poème personnel, y rajoutant quelques vers de plus à chaque fois qu’il entame le tout, jusqu’à ce qu’il en révèle la vraie nature dans Mortal Man, l’ultime pièce de l’album. Ce doute, teignant son ombre depuis les débuts, se manifestera pleinement dans How Much a Dollar Cost, Kendrick y évoquant une rencontre avec un sans-abri, profond dialogue entre un homme et son dieu. S’en suivra une longue réflexion extrêmement touchante sur l’importance morale et sociale de l’artiste perçu comme un modèle de droiture par son public.

Le tout supporté par le poi
ds et la clarté des percussions de Dre, qui n’auront jamais eu une puissance émotionnelle si grande, si belle. Ailleurs, la basse mouvementée de Thundercat servira la verve lyrique du rappeur, expérimentant autant dans l’expression des mots à travers diverses fluctuations de sa voix que dans les différents flots dont il en est, maintenant, le maître absolu.
Si cette maîtrise technique en fait déjà un grand rappeur, c’est toutefois sa plume qui l’élève parmi les légendes. Il faut écouter, lire, réécouter, relire pour saisir toute la complexité qui en découle. Kendrick nuance toujours, opposant les deux côtés de la médaille d’un même sujet. Sur « u », sa dépression atteint les abysses. La performance du premier tiers de l’album laisse alors place à un réalité douloureuse. Le malaise qui s’en dégage est viscéral et presque blessant pour celui écoute. L’âme s’écroule, mais notre rappeur, à travers sa rage, ne vise que lui-même. Et c’est ce qui rendra sa reconstruction dans la nouvelle mouture de « i » absolument magnifique. Exit la production léchée de la version précédente, voici une pièce sale, chaotique, où le rappeur trouve finalement l’équilibre entre l’artiste et l’homme. Il faut entendre ce monologue sur la réappropriation du mot que je ne peux écrire, qu’il associe à un mot spécifique d’origine éthiopienne. 
NEGUS, ou la royauté de l’empereur noir. Le poète termine l’album en s’offrant une conversation avec un fantôme du passé (dont je tairai le nom pour ne pas gâcher la surprise), tentant à travers celle-ci de trouver un sens à tout ce beau foutoir. Puis, le silence total. C’est à ce moment que ça me frappe en plein coeur et que j’en viens à la conclusion que To Pimp a Butterfly représente toute la grandeur, toute la beauté du genre dans sa complexité et dans ses contradictions. En se refusant à tomber dans le piège qu’on lui tendait à bras ouvert, il atteint enfin la transcendance.
AUTEUR: MAC DIARMADA à ce lien.

King Kunta


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