Les grillz, le paraître controversé

Les signes extérieurs de richesse ont toujours été mis en avant dans la culture hip-hop. Des chaînes en or aux voitures de luxe jusqu'aux castels, l'esprit de revanche et l'affichage de la réussite font parti des codes de conduite globaux de l'univers rap. Les grillz, dentiers composés de métaux et/ou de pierres précieuses, sont des apparats grandement plébiscités par les acteurs de cette culture. Des généraux de la screw music jusqu'au vedettes de la pop, retour sur les origines et la signification de ce bijou honni par les uns glorifié par d'autres.


Flavor Flav


L'histoire des dents en or dans la culture hip-hop a été créée dans les années 80 par les pionniers Afrika Bambaataa, Kurtis Blow, Big Daddy Kane ou Flavor Flav. Ils ont instauré la vulgarisation de la culture et un univers composé de bijoux et d'ornements. Les vêtements, l'allure et les coiffures associées au hip-hop représentaient une certaine fraîcheur et promouvaient l'originalité. Flavor Flav, l'ex membre de Public Enemy, fût l'un des plus grands promoteurs du port de grillz. Depuis ce temps, les "dentiers bijoux" ont pris une certaine ampleur dans la pop culture. Le grillz est une nouvelle expression de sa réussite. Nelly et Paul Wall, héritant de la tradition de leurs prédécesseurs, ont fait une chanson intitulée Grillz en 2005.
Les Grillz se composent des métaux et/ou des pierres précieuses comme le platine et le diamant. En fonction de la pierre, le métal et le nombre de dents de façade, les prix peuvent varier de 300 à plusieurs milliers d'euros. Les anciennes versions n'étaient pas facilement amovibles et impliquaient un remodelage de la dent pour accueillir une nouvelle couronne, souvent dans l'or, l'argent ou le platine. Désormais, les grillz personnalisées nécessitent simplement un moule dentaire sur lequel le métal et les pierres sont montés.

Hans Feurer pour Vogue Homme


Querelle sur les origines?

L'Histoire nous indique qu'à l'époque de l'esclavage, les travailleurs étaient privés de soins dentaires. Mais à de rares occasions, les propriétaires d'esclaves autorisaient une rudimentaire chirurgie dentaire sur leur personnel. Cette opération était uniquement réservé aux plus précieux esclaves "mâles", ceux que le propriétaire ne souhaitait pas voir mourir à cause d'une infection liée à une carie. Les hommes ayant reçu des soins se retrouvaient avec une dentition en cuivre, en étain, ou parfois en bronze pour obturations de cavités et le remplacements de dents. Le métal dans leur bouche représentait un symbole de statut indiquant leur valeur pour le maître, et leur supériorité par rapport aux autres esclaves. Simplement dit, plus un homme avait de métal dans sa bouche plus il était "important". C'était donc un moyen d'informer les autres (esclaves, maîtres, etc) de votre rang social bien évidemment en tant que captif. Serait-ce donc un nouveau signe de l'autodestruction que s'inflige la communauté afro-américaine?

Crâne retrouvée au Mexique

Rien n'est moins sûr. D'après une étude évoquée dans le magazine National Geography, un travail de pointe permettaient aux Amérindiens d'orner leurs dents il y a plus de 2500 ans. Les peuples antiques du sud de l'Amérique du Nord allaient embellir leur sourire avec des encoches, rainures, et des pierres semi-précieuses, selon une analyse récente (2009) de milliers de dents examinées à partir de collections à l'Institut National d'Anthropologie et d'Histoire du Mexique (cf.photo). Les scientifiques ne connaissent pas l'origine de la plupart des dents dans les collections, qui appartenaient à des personnes vivant dans la région, appelée la Méso-Amérique, avant la conquête espagnole des années 1500. L'impressionnante odontologie ne semblait pas être un signe de richesse ou de statut social. Les premiers "dentistes" auraient utilisé un dispositif similaire à un forage attaché à une pierre dure capable de perforer l'os (une forme d'anesthésie à base de plantes devait être utilisée).

Les grillz sont maintenant entrés dans la culture pop-hipster. En dépit de leur utilité relative, ils sont le symbole d'une appartenance sans forme, ni nom et un énième moyen de se démarquer de la masse tout en faisant partie intégrante d'une communauté de clones chantres d'une originalité imaginaire.