Street-Goth entre originalité et conformisme

Pièces monochromes, empilements de couches et de textures, recherche d’une allure mystérieuse tels sont les principaux codes du style street-goth. Originaire des rues, influencé par les créateurs asiatiques et popularisé par Kanye West, SpaceGhostPurpp ou A$AP Rocky, cet expression vestimentaire est une version modernisée des chevaliers d’antan à la sauce gothique mixé au hip-hop. Toutes les modes ont une fin, nul ne sait la durée de vie de celle-ci mais elle est un symbole de la génération Tumblr ; l’impersonnalité et l’ignorance allant de pair.


Le hip-hop est un élément majeur de la pop culture. Au-delà de la musique et des autres formes d’expression artistique ancrée dans les mœurs depuis plusieurs années, la mode vestimentaire connoté hip-hop a vécu des évolutions majeures durant les 20 dernières années. A l’heure où tout un chacun s’autoproclame génie et/ou avant-gardiste, la nouvelle tendance depuis environ 3 ans est donc le street-goth. Mélange entre streetwear et style gothique, c’est un pont entre plusieurs cultures. Les fers de lance de ce « mouvement » sont les créateurs Alexander Wang, Virgil Abloh, Rick Owens, Ricardo Tisci ou encore Rob Garcia.


Coupes minimalistes et déstructurées, vêtements amples et longs, la panoplie du « modèle » est assez simple à identifier. On retrouve un pantalon slim ou un short avec legging, des tee-shirts oversize (plus longs qu’un modèle classique), des hoodies longs voire très longs, une chemise nouée autour de la taille et surtout une casquette exclusivement noire ou blanche. La liste est non exhaustive, il y a également les éléments composés de cuir qui ont vécu un revival grâce à l’émergence de ce style : pantalons, jeans, chemises, tees… tout cela en cuir, si possible de crocodile, de python mais les plus modestes ce contenteront de l’agneau voire du simili. Faut il le préciser, la tenue doit être pourvue de pièces haut de gamme voire haute couture. Ce n’est toutefois l’aspect le plus important, un peu comme pour le fait « d’avoir du style », l’essentiel n’est pas de porter de la marque mais de « bien » porter les vêtements. Evidemment les égéries de ces marques sont les rappeurs et autres éléments influents de la sphère hip-hop. Construit sur la base d’une représentation exclusive du noir, les variantes sont maintenant légion même si la base reste le côté élégant et sobre de cette non-couleur. Le modernisme et la créativité ne sont pas en reste. Ainsi les nouvelles marques font leur apparition à vitesse grand V : En Noir, Fear Of God LA, Dope Chef, Pyrex Vision, Cloth Surgeon, The CXX... et plein d’autres encore. Les idées fourmillent par milliers. Là où le bas blesse c’est qu’elles commencent à trop se ressembler.



« Idéophobie »

Paris, capitale de la France, ville du romantisme pour certains est également surnommé capitale de la mode. Ce point de vue est discutable à plein d’égards mais il y a une pointe de réalité dans cette affirmation. La réalité se trouve dans le quotidien. A chaque jour, une nouvelle personne de goût observée dans le métro, sur la terrasse d’un café ou au coin d’une rue. Alors oui, la ville lumière et sa communauté représentent une certaine facette de l’élégance. Ce postulat a toutefois donné lieu à une surexploitation de l’image de marque de la métropole. Le mot de Paris est devenu à lui seul un argument commercial. Il suffirait apparemment de créer des pièces à coût modéré en cuir noir (ou de placer des empiècements ici et là), d’accoler le mot « Paris » avec un nom et le tour serait joué pour se prétendre créateur. Toute idée de fond, de cible, de sociologie de la mode, a été mise au placard. Cela est partiellement dû aux dérives provoquées par internet.



Overdose d’informations et engouement éphémère

Sur le web 2.0, une idée n’a qu’une exclusivité de courte durée ainsi chaque innovation est rapidement récupérée, volée puis jetée dans le pire des cas. C’est la dure loi d’Internet. Si le partage de connaissances globalisé, comme le rêvent Marc Zuckerberg (Facebook) et David Karp (Tumblr), est en marche. L’hyper accessibilité et la publication à grande échelle sont peu à peu en train de dépraver la culture de son essence. Ici l’on évoque la mode, mais cela peut s’appliquer à bon nombre de thématiques. L’univers street-goth a une identité et renvoie à un état d’esprit. Le fait de ne s’intéresser à ce domaine artistique (oui, la mode est à bien des égards une forme d’art) que pour le sentiment d’appartenance et l’identification à ses vedettes favorites décrédibilise en partie la démarche originelle de vouloir se démarquer.