Un retour aux sources de la côte Ouest


Dom Kennedy s’est fait désirer de nombreux mois avant d’enfin sortir son premier LP, Get Home Safely. On retrouve dans cet album de la joie, de la bonne humeur et surtout l’essence des sonorités californiennes. Si la différence entre ses mixtapes et cet opus n’est pas flagrante. Ce projet, agréable à l’écoute, en appelle à d’autres plus risqués dans la recherche musicale et les thèmes abordés.


« Soyons amis », c’est ainsi que l’on peut décrire la relation que Dom veut tisser avec son auditeur et c’est comme cela que l’introduction est nommée. Analysons donc son premier album studio en tant qu’ami. Un ami qui lui veut du bien et le suit depuis From Westside With Love. Tout d’abord, les mélomanes qui essaient de crier haut et fort le «renouveau de l'Ouest» après chaque sortie d’album ne trouveront pas quelque chose qui sort de l'ordinaire, les autres à l’affut d’un prolongement du hip-hop des années 90 avec une saveur actuelle auront le projet en rotation constante ces prochaines semaines. Dom Kennedy est musicalement parlant le roi de l’été. Depuis 2010, il s’évertue à animer les soirées détendues de juillet et août des appréciateurs de son univers…sauf en 2013. Cette année, l’intéressé a travaillé sur Get Home Safely pour délivrer le meilleur « effort » possible. La suite au fabuleux Yellow Album s’est longuement faite attendre (malgré la très bonne mixtape de l’équipe OPM Vol.1 Young Nation) mais le résultat est au rendez-vous sans grandes surprises.
Dom K a les défauts de ses qualités. Son style narratif utilisé sous toutes les formes, restreint son écriture et on retrouve peu de jeux de mots. La capacité de transition de la « légende de Leimert Park » lui permet toutefois de passer de choses légères à des sujets sérieux et ce avec une certaine facilité. Cela donne à l'album de la profondeur. Dom est rejoint par un large éventail d'artistes, parmi eux Krondon, Nipsey Hu$$le, Skeme, Teeflii et Ty Dolla $ign. La production est assurée par DJ Khalil, DJ Mustard, Drew Byrd, The Futuristiks, Poly3st3r ou Troy NOKA.

De la détente et des nuages

En dépit d’une sorte automnale, on retrouve les traditionnelles saveurs estivales de Dom K. Des sons chill out, pas de club banger ou de trap. A l’image de South Central Love le single ou A Intermission For Watts (un des meilleurs morceaux), la relaxation sonore est à l’ordre du jour. It Doesn’t Make Money en compagnie de Skeme symbolise ce nouvel élan de la côte ouest. C’est une association entre activistes de rue, des « vrais » pas encore intégrés au star system. Le tempo des instrumentaux n’est jamais trop élevé comme sur Erica Part 2. Il y a de la justesse mais cela manque de folie, Teeflii essaye quand même d’émoustiller l’auditrice sur Still Callin’. C’est d’ailleurs l’un des rares sons que l’on peut qualifier de réellement festif. Dominic raconte l’histoire de l’auteur alors que Lets Be Friends décrit le rapport aux femmes et son refus des factices rapports amicaux. C’est impossible de sortir des paroles du lot, l’histoire de Dom Kennedy est relatée de fort belle manière tout au long des 18 tracks.


Pendant que l’on sacre Kendrick Lamar (l’ingrat envers Drake) roi dès qu’un mot sort de sa bouche, que IamSu se développe à vitesse grand V ou que Nipsey Hu$$le se débrouille toujours en totale indépendance artistique jusqu’à vendre des albums à 100 dollars pièce, Dom Kennedy s’installe tranquillement dans le paysage. Get Home Safely ne marquera pas autant les annales et les oreilles que la cassette Yellow Album mais c’est un accomplissement réussi. On pouvait espérer qu’il sorte des sentiers battus mais ce sera pour la prochaine fois.