Interview: Carlson, hip-hop et melting pot culturel

Carlson est un homme à tout faire dans le domaine musical. Ingénieur du son d'origine, le MC d'origine ivoirienne dispose d'une palette très large qui lui permet de composer sa musique en auto-production. Individu curieux et ouvert aux rencontres, il n'hésite pas à collaborer avec les acolytes de son collectif mais également au delà de son entourage. Rencontre avec un amoureux du hip-hop made in US, born and raised in Africa et émancipé en France.



Salut Carlson, peux-tu te présenter en quelques mots?
Je suis un membre du groupe Hey Dreamers (avec Ardo et Petit Jemil). Nous avons commencé la musique depuis près d'une dizaine d'années et l'on se connaît tous depuis l'époque de la maternelle. Chacun a pu faire son projet solo et là je sors ma seconde mixtape Homeboys Music Volume 2 : Echec System. Autour du groupe HD, il y a une entité plus grande qui est le King Kong Krew avec des producteurs, d'autres rappeurs et des graphistes notamment Tito qui s'occupe de tout notre univers visuel.

Sachant que tu fais du rap depuis plusieurs années, comment définirais tu ton style de rap ?
La musique que j'essaye de proposer est un parallèle avec les artistes que j'apprécie particulièrement. La musique est un divertissement mais pas uniquement. Il faut qu'il y ait un message. Je suis focalisé sur la prouesse technique même si ce n'est pas le premier aspect. Dans chacun de mes projets, il y a des morceaux pour la côte d'Ivoire car c'est mon pays d'origine mais j'évoque l'unité. J'essaye de créer un lien entre toutes les personnes qui ont par exemple été contraint de s'expatrier vers l'Europe. Je veux, à mon échelle, créer une conscience, délivrer un message de paix dans un cadre divertissant. Je m'entoure des meilleurs compositeurs autour de moi et de rappeurs originaux, novateurs et talentueux. Les lyrics doivent être de bons niveau.

Ton profil ne répond pas au cadre classique, quartier/rap, comment penses-tu tirer ton épingle du jeu ?
J'habite dans les Hauts de Seine depuis plusieurs années mais je ne m'imagine pas représenter l'endroit où j'habite à l'image d'autres Mc's. Je viens avant tout du 225 (indicatif de la Côte d'Ivoire) et je suis un homme du monde. Je représente ceux qui n'ont pas forcément pu venir en Europe, je représente les jeunes comme moi et qui se reconnaissent dans mes messages car mes textes ne sont pas destinés qu'à une seule catégorie de personnes.



Quelles sont tes principales influences ?
Auparavant, j'écoutais énormément de styles de musique différent mais mon ambition de progresser dans le hip-hop m'empêche de me « disperser » à l'heure actuelle. J'ai bien sûr écouté du reggae et la black music au sens large mais en ce moment je suis focus sur le rap US. Les projets sortent constamment et c'est déjà assez difficile de se tenir au courant.
Les deux rappeurs qui m'ont le plus influencé sont Nas et Lil Wayne. La liste est très longue de DMX à Mos Def en passant par Ab-Soul, Busta RhymesCurren$ySmoke DZAStalley et tant d'autres.


Quid de la musique française ? Quelques noms marquants dans ton cheminement artistique ?
Le nom qui me vient directement est celui de Youssoupha. S'il y a un rappeur français dont j'apprécie particulièrement le travail c'est lui. Il faut savoir qu'à Abidjan c'était plutôt l'actualité musicale américaine qui était exportée. Maintenant, j'ai également été marqué par le son de RoccaArsenikNeg Marrons..
J'ai une préférence pour la musique d'outre-Atlantique avec laquelle je ressens plus de musicalité et ce sans remettre en cause les talents présents ici. J'ajouterais que les tendances des States finissent toujours par arriver avec un certain décalage en France. La logique veut donc que je me nourrisse directement à la source. Les derniers flows ou instrumentaux qui sortent là-bas, débarquent 1 an plus tard dans l'hexagone. La culture du hip-hop français découle de ce qui se passe aux Etats-Unis.


La mixtape est téléchargeable en cliquant sur l'image


Revenons à ton actualité, Homeboys Music Volume 2 : Echec System est maintenant disponible en téléchargement libre, comment s'est construit cette cassette ?
J'étais en déplacement et ce n'était pas prévu mais voulant rester productif j'ai réuni toutes mes idées et je me suis entouré de mon équipe pour délivrer un projet plus structuré que ma première mixtape (Homeboys Music 1). Je décrirais mon expérience préalable comme de la « folie » musicale, c'était plus fouillis moins cadré. Avec cette seconde édition, j'ai travaillé sur tous les aspects de la création, aux textes en passant par des requêtes très précises auprès de mon graphiste. C'est donc une « folie » plus maîtrisée.

Quel est l'idéal que tu recherches dans la musique ?
Le top serait de pouvoir vivre de ça sans aucune contrainte donc en évitant le circuit des majors. Je cherche donc à me développer en toute indépendance. Si tu ne vends pas des centaines de milliers de disques en major, tu ne touches rien ce qui n'est pas le cas en indépendant. Si j'avais voulu faire de l'argent pour l'argent, je me serais peut orienté vers une école de commerce. Je souhaite progresser et mettre en place une fanbase assez solide pour grandir et pérenniser mon art.
En terme de thématiques, je suis ouvert à tout ; des femmes faciles, à la weed, de la politique..Il ne faut pas se fermer des portes. Je ne suis pas un philosophe du haut de mes 23 ans et je ne suis pas un fan du vice et des excès. Tant qu'un sujet est bien traité, écrit avec talent et posé avec un bon flow, tout est possible.

Quand est ce que ta prochaine scène aura lieu ?
Le 09 novembre prochain au Glazart, ça sera le Paris Rap City avec une liste de nouveaux artistes talentueux dans un très beau cadre. J'espère que les gens seront nombreux à venir pour découvrir non seulement mon univers mais également une partie de la nouvelle scène parisienne.


Le clip de Dead Niggas