Candeur et amour rapologiques

Drake sort son troisième effort, Nothing Was The Same. Longtemps partagé entre rn’b et rap, le canadien joue une fois de plus sur les deux tableaux et n’aura aucun mal à obtenir la récompense informelle d’album mainstream de l’année. Le métis de confession juive a probablement fait un pacte avec le diable pour délivrer une copie presque parfaite* de 15 tracks mélangeant intimisme, arrogance et talent. Ce n'est pas le meilleur rappeur encore moins le meilleur chanteur mais son impact est toujours plus grandissant dans l'industrie.


Aubrey n’est pas un visionnaire mais comme il le dit lui-même il fait les choses bien et mieux que les autres. En 2012, Drizzy a obtenu un Grammy Awards pour son second LP Take Care (précédemment chroniqué). Travailleur s’il en est, il n’a eu de cesse depuis son ascension d’être présent dans le haut des charts, battant même un record de présences. L’été dernier, il a su saisir la balle au bond avec le street banger Versace. Non seulement le groupe Migos a pu profiter de l’exposition de Drake et ce dernier a continué sa stratégie d’omniprésence ciblée. Dj Khaled lui a demandé un coup de main pour booster ses ventes, No New Friends a rythmé les clubs. Drake n’inonde pas les réseaux sociaux et la sphère médiatique comme Rick Ross a pu le faire. Il effectue des apparitions, souvent réussies, encore plus souvent.. remarquées. Pas de précipitation, le label OVO Sound se met en place petit à petit. Après l’explosion de The Weeknd, le jeune Party Next Door fait parler de lui.

C’est durant la période estivale qu’il en a profité pour annonce la date officielle de sortie de Nothing Was The Same son troisième opus. Started From The Bottom, single au refrain simpliste à souhait, a marqué les esprits au printemps. Voici venu le temps des songes et des chants en ce début d’automne. Le temps de la nostalgie de certaines relations amoureuses, le temps pour réfléchir et repenser aux sentiments enfouis dans le cimetière de notre mémoire.
Ce n’est plus un rookie, ni un sophomore mais Drake utilise la recette qui a fait son succès auparavant. Les proches Noah « 40 » Shebib et Boi 1 Da sont aux manettes pour notre plus grand bien. Rien n’était plus pareil pour l’intéressé. Il avait annoncé il y a quelques mois de cela avoir prévu une mixtape composée exclusivement de titres rn’b mais cela a sûrement été remplacé par ce qui compose une partie de Nothing Was The Same à moins que tout ces présumés trésors soient gardés sous clé dans le disque dur de 40.
La couverture a été peint par l'artiste Kadir Nelson. Auteur des affiches de Amistad et du "dernier album controversé" de Michael Jackson MICHAEL, il n'en était pas à son coup d'essai et c'est une oeuvre plutôt réussie aussi peu originale soit elle.
L’album commence donc avec Tuscan Leather. Une chanson dans la plus pure tradition drizziesque avec un instrumental mélodieux, des samples de voix féminins (notamment Whitney Houston et la chanteuse pop Ellie Goulding) et un descriptif textuel très détaillé du pourquoi du comment de l’album. Les sujets ont l’air de se répéter mais Drake a le mérite d’être sincère avec son public. Chacune des étapes de sa carrière et l’impact spirituel qui en découle sont décrits avec précision. L’introduction est décomposée en trois parties et nous fait de tout de suite rentrer dans le vif du sujet. Le Tuscan Leather est un parfum du créateur Tom Ford. Le mot clé est sincérité durant ces 6 :34 minutes et tout au long du projet. D’aucuns parlent de fragilité comme si le fait d’évoquer ses sentiments et faire preuve de transparence était synonyme de faiblesse.

Past the present when you have to mention
This is nothin' for the radio, but they'll still play it though
Cause it's that new Drizzy Drake, that's just the way it go
Heavy airplay all day with no chorus

How much time is this nigga spendin' on the intro?
How this nigga workin' like he got a fuckin' twin though?
Life is soundin' crazy, 40 on Martin Scorcese
And I wouldn't change a thing if you paid me, now real nigga wassup

L’album est construit d’une façon singulière avec 2 tracks mélodieuses, nostalgiques, suivies par un morceau d’un univers différent. Started From The Bottom, hymne à la motivation et storytelling de celui qui s’en est sorti, répond à l’introspection de Furthest Thing. Ce rythme dure jusqu’à 305 To My City qui est la piste 11. Le chiffre 305 étant l’indicatif du comté de Miami. Une ville dont Drake déclarait avoir été banni sur son compte Facebook personnel après avoir été arrêté sous l'emprise de stupéfiants (weed, lean..).

Wu-Tang Forever n’est pas un hommage direct au Wu-Tang Clan. C’est simplement un parallèle avec l’industrie du rap dans laquelle il a réussi, accompagné de références subliminales au Clan avec tout au long de la chanson une métaphore entre une fille (une de plus) et le hip-hop. Précisons également que le sample provient d’un son du Wu (It's Yourz). Le rap-jeu qu’il mentionne et prend de haut à plusieurs reprises. Dans Worst Behaviour, mention est faite aux haineux précédents le succès, ceux qui n’ont jamais promu le natif de Toronto.

On my worst behavior, no?
They used to never want to hear us, remember?
Mufucka never loved us, remember?
Mufucka, remember?

Cette track est un hit en puissance et c’est probablement le caractère un poil trop insultant qui a n’a pas poussé l’équipe OVO a mettre la production du génial DJ Dahi (My Type Of Party, Money Trees, K.O.N.Y, She In My Car..) en avant, en lieu et place de Hold On, We’re Going Home. Chanson décevante s’il en est, cela a tout de la mauvaise formule et d’une tentative d’exploration de sentiers non maîtrisés (à l’instar de Lil’ Wayne avec How To Love). Drake aurait d'ailleurs pu laisser ce genre de sons à Justin Timberlake ou Robin Thicke plus spécialiste dans le domaine funky, soulful. Pound Cake est un passage de témoin entre Jay-Z et Drake. La prestation de Hova ne restera pas dans les annales mais le boulot est effectué sobrement. Cette track était prévue pour Magna Carta Holy Grail l'album de Jay-Z. Paris morton Music 2, production mid-tempo, est un message en direction de l’industrie avec une sympathique dédicace pour son mentor Lil’Wayne. La version classique de NWTS se termine ici avec le message porté par le titre de l’album.



Bonus au sens propre comme figuré

Parlons peu, parlons vrai, Drake a voulu une fois de plus rabibocher les couples déchirés ou permettre aux déçus de se rappeler aux bons souvenirs. Dans Come Thru il évoque une ex petite amie, ici mais également dans d’autres morceaux le séquençage en 2,3 phases est très réussi et permet de se plonger dans plusieurs ambiances. Sur Connect, une relation passée et ses tourments sont décrits avec précision. On rigole de sa franchise dans The Language.
C’est un point important de l’album car même si la couleur sonore renvoie à une impression de fraises aux chantilly avec du miel et du champagne dans un bain chaud avec sa dulcinée, les paroles elles sont d’un tout autre acabit. Il n'y a pas que de la douceur et l'homme fort de Young Money rappe beaucoup plus que dans ses deux précédents opus. Drizzy s’est inspiré de l’œuvre de Marvin Gaye* et a une fois de plus enregistré une partie du LP dans les anciens studios de la légende à Los Angeles. On sent à la fois la touche d’émotion, référence au génie des années 1980 mais aussi une relative agressivité qui s’oppose à la douceur de Take Care. Le "vrai" Drake est situé quelque part entre un avatar consciemment construit et conscient de soi ; et ses tracas personnels qu’il partage avec des inconnus. Déprimé, mais pas torturé, confus mais pas troublé, et plein de ressentiment, mais pas en colère - il s'agit essentiellement d'un individu sensé qui dépeint un tableau singulier de la vie de star entre les clubs de striptease, la solitude malgré l’entourage, la tristesse en dépit de la richesse et la nostalgie sentimentale même lorsqu’on est convoité de toute part.


1. Tuscan Leather (Noah 40 Shebib)
2. Furthest Thing(Jake One)
3. Started From The Bottom (Mike Zombie)
4. Wu-Tang Forever
5. Own It (Noah 40 Shebib X PARTY NEXT DOOR)
6. Worst Behavior
7. From Time (Chilly Gonzales X Noah 40 Shebib)
8. Hold On, We’re Going Home (f/ Majid Jordan)
9. Connect (Hudson Mohawke)
10. The Language
11. 305 To My City (f/ Detail)
12. Too Much
13. Pound Cake (f/ Jay Z) / Paris Morton Music 2
Chansons Bonus présentes dans l'édition deluxe:
14. Come Thru
15. All Me (f/ Big Sean & 2 Chainz)

Crédit Production:
Boi-1da, Mike Zombie, Majid Jordan, Nineteen85, Detail, Key Wane, Hudson Mohawke et Jake One



*Par rapport à ce que l'on pouvait attendre de l'intéressé
*Drake avait déjà travaillé dans les mêmes studios ce qui lui avait notamment inspiré le morceau Marvin's Room