Le Seul "Négro" En Première Classe


Wiz Khalifa est le symbole parfait de cette nouvelle génération d'artistes qui s'est fait connaître par Internet et après avoir développé une solide "fanbase" ont pu signer sur des grandes maisons de disques. L'intéressé est d'ailleurs engagé chez Atlantic Records. O.N.I.F.C. est son quatrième album mais le second "officiel" comme il aime tant à le préciser. A croire que ses deux premières galettes Show And Prove ainsi que Deal Or No Deal n'ont pas compté dans l'ascension de la carrière de l’intéressé.

Only Nigga In First Class donc, une phrase "choc" qui symbolise le mode de vie de Wiz. Lui qui passait son temps et ses chansons à vanter son mode de vie de stoner (fumeur de marijuana) hédoniste dans Rolling Papers et toutes ses mixtapes passées, il a décidé de troquer ses habits d'adulescent cool pour celui de pseudo Jimi Hendrix Hip-Hop. Il vogue toujours entre les effluves de chanvre du haut de sa place désormais en première classe des avions, le dollar roi donc. La couverture témoigne grandement de ce changement de "direction artistique". Une fourrure ressemblant à de la peau de dalmatien, un pantalon en cuir aux couleurs des Etats-Unis, son torse tatoué en évidence, le mimétisme est plaisant et décevant. Les idées manqueraient elles tellement à nos contemporains pour qu'ils se chargent de faire constamment du revival de légendes passées.

Au delà de l'inspiration stylistique, il y a 17 chansons à analyser. La question précédent l'écoute de l'album était de savoir si Wiz Khalifa s'était définitivement perdu dans sa vie de rock star et de débauche (qui a dit Amber Rose?). Entre la sortie de son dernier album Rolling Papers et O.N.I.F.C. il s'est écoulé un peu moins de deux ans. Durant ces 21 mois, l'artiste a effectué deux tournées de grande ampleur à travers toute la planète mais a aussi gratifié ses fans de plusieurs mixtapes (Taylor Allderdice, Cabin Fever, ...) et d'un album collaboratif avec Snoop Dogg. Cet opus a fait également office de bande-originale pour le (simulacre de) film Mac And Devin Go to High School où les deux rappeurs jouent les rôles principaux. Sean Khalifa est donc resté très actif afin d'essayer de contenter tout son monde et de faire avancer son label Taylor Gang Ent. Néanmoins plus les sons se suivaient, moins d'inspiration il y avait. Maitre Yoda ne nous en voudra pas pour cette expression mais, plus d'argent il parla et de saveur petit à petit sa musique manqua. 

Only Nigga In First Class commence sur une touche plaisante. L'introduction est sobre puis Paperbond détend l'auditeur. Wiz sait chanter ou du moins mettre des choeurs là où d'autres font sentir l'instabilité de leur voix avec l'autotune, il utilise simplement la machine pour donner plus de justesse à son chant. Mais encore une fois le titre est sans équivoque et même si le rappeur de Pittsburgh n'a jamais été un grand lyriciste à l'instar de Nas ou Jay-Z tout cela sonne un peu creux au fil des morceaux. Les devises, l'opulence encore et toujours sur Bluffin, It's Nothin, Got Everything. La présence de Cam'Ron est appréciable, le rappeur de Harlem était l'une des idoles de jeunesse de Djibril Camron Thomas (le vrai nom de Wiz Khalifa), The Bluff est efficace sans être exceptionnel. A contrario, Akon apparaît plutôt comme un revenant en quête de positionnement judicieux sur un projet majeur avec Let It Go. Quant à 2 Chainz alias l'homme de l'année outre-atlantique, il fait le travail plutôt efficacement sur un morceau assez moyen (It's Nothin). Le premier single Work Hard Play Hard a eu un petit succès sans réellement marquer les esprits comme l'avait fait Black And Yellow à l'époque. C'était pourtant la même combinaison avec le duo de producteurs norvégiens Stargate aux manettes. Il faut croire que les meilleures recettes ne fonctionnent pas toujours comme prévu. Cependant cette track aurait pu créer un buzz autrement plus important que celui dont dispose W.K. à l'heure actuelle. Le second single étant Remember You, la collaboration avec The Weeknd le présumé prodige-escroc-chanteur rn'b en provenance de Toronto.
Wiz Khalifa a choisi ses invités de manière judicieuse la plupart des combinaisons sont de relatives réussites. Au delà des noms précédemment cités, il s'est entouré de Pharrell (sur Rise Above), The Weeknd mais aussi des éléments récents de son entourage comme Juicy J (ex Three Six Mafia), Lola Monroe ou Amber Rose (?). 





O.N.I.F.C. était plus ou moins attendu, prévu pour début septembre, il a été reporté jusqu'à décembre. C'est un album solide mais Wiz Khalifa reste dans la lignée de ses dernières prestations, il chantonne beaucoup, rappe moins, ou laisse ses invités le faire à sa place. Les morceaux sont relativement bien produits. Drumma Boy, Sledgren, I.D. Labs ont, pour la plupart, effectué un très bon travail. Néanmoins, on ressent une sensation de vide comme si l'époque de Kush And Orange Juice (le meilleur projet de Wiz) était définitivement révolue. On reproche souvent aux artistes de ne pas se renouveler, ici c'est l'évolution de l’intéressé qui est décevante. Il dispose toujours autant de flow et d'un certain charisme mais le charme s'estompe au fil des projets. Wiz Khalifa est bien seul en Première Classe..

Tracklist (Les coups de coeur sont soulignés)
01. Intro
02. Paperbond
03. Bluffin’
04. Let It Go f. Akon
05. The Bluff f. Cam’ron
06. Work Hard, Play Hard
07. Got Everything f. Courtney Noelle
08. Fall Asleep
09. Time
10. It’s Nothin f. 2 Chainz
11. Rise Above f. Pharrell, Amber Rose & Tuki Carter
12. Initiation f. Lola Monroe
13. Up In It
14. No Limit
15. The Plan feat. Juicy J
16. Remember You f. The Weeknd
17. Medicated f. Chevy Woods & Juicy J