Night Confession #23 - Les transports en communs, Actes et Scènes


Il est de mauvaise nature de ne pas aimer l'indispensable. La plainte constante n'amène rien de positif. Au gré des voyages pour un entretien, un rendez-vous, une rencontre ou une entrevue, les transports rythment le quotidien de millions de personnes. Le dénigrement de ces services est tout autant un lieu commun public qu'un marronnier* journalistique. Une fois n'est pas coutume ce sera un semi-hommage en l'honneur (bafoué) de ce théatre social. Autrement plus original que toutes les critiques habituelles qui pleuvent comme la mousson.

Que ce soit sous l'égide de la TAM ou de la RATP, les schémas se répètent. Et si, pour une fois, on décidait de voir toutes les péripéties hebdomadaires voires quotidiennes comme de truculentes anecdotes et non plus des instants contraignants? Après tout, la vie est belle en dépit de la déprimante averse qui s'est abattue sur ces visages toujours plus inexpressifs au premier abord. Le sens de la rime de Lupe Fiasco accordé à la mélodie donne le sympathique morceau Hood Now. L'optimisme est dans l'air mais également dans les tympans.En parlant d'oreille, saluons le joueur d'accordéon, plus ou moins doué, qui ne viendra pas troubler la quiétude du moment. Son concerto improvisé dans les wagons offre tout autant un apport visuel que sonore. Trouver une place assise relève de l'exploit en fonction de la station (tous moyens de transport confondus, c'est à dire métropolitain, train ou tramway). Aujourd'hui, les ralentissements de la ligne et les potentiels (probables) "accidents voyageurs" n'auront pas raison de notre patience avec un grand P. Après tout, apprendre la disparition d'une personne aussi sordide soit elle, ramène chacun à son état de mortel. Enfin la patience est une vertu et non pas une arme.Et puis autour de tout cela, Wiz Khalifa retrouve ses talents de chanteur/rappeur qui lui font tant défaut depuis de longs mois et nous berce avec Pacc Talk. La musique est un doux compagnon de voyage lorsque l'on fait partie de cette masse d'individus entassés sur la ligne 13, le RER A, la station Antigone ou Corum. 



Entracte et fin de la pièce


Peu importe que la conversation téléphonique du voisin prenne des ampleurs de récitation publique, dans quelques minutes ou au pire des heures tout cela sera oublié. Les adolescents sont bien connus pour essayer d'exprimer leur personnalité. C'est l'âge où l'on se cherche et où l'on veut exister à tout prix: au cher tarif de la tranquillité des covoyageurs. Ici la musique serait mauvaise mais elle dérange finalement tout autant qu'elle fait vibrer. C'est un désagréable mais appréciable sentiment d'action. La contradiction de l'instant dérangeant où dans la relative euphorie on cherche à savoir ce qu'il se passe et qui est le coupable de ce méfait. Tout se déroule comme si c'était une scène cruciale avant l'entracte, ici ce sera l'arrivée au prochain point d'arrêt. Le silence est souvent apaisant, on dit même qu'il est d'or, il peut toutefois se faire ressentir de manière stressante ou oppressante. Les mondes, les univers se confrontent constamment. Kanye West et G.O.O.D.  Music reposent (du verbe reposer) avec The One. Le trajet continue toujours et les comédiens changent constamment, c'est un jeu entre l'excitante surprise et l'ennuyeuse scène déjà vue. Et il y a des fois où l'on est triste à l'idée de ne pas pouvoir aider une personne dans le besoin qui demande une pièce et peut être aussi une simple attention. 
Le parcours du présumé combattant dans les innombrables tunnels n'est qu'une exploration souterraine de courte durée. Comme le dénouement d'une pièce, le lieu de destination finit toujours par être atteint. Tomber de rideau, les portes se ferment et la sonnerie d'avertissement retentit.