Cool Music, Mad CD


Couverture pour l'édition simple
GOOD Kid, M.A.A.D* City voilà le titre du premier album studio de Kendrick Lamar. Ce n'est pas un street album, il y a de plus gros moyens financiers mis en jeu, une promotion digne de ce nom, base d'une association entre Aftermath/Interscope et Top Dawg Entertainment le label de l'intéressé. Cet album a suscité énormément d'attentes, Kendrick Lamar étant parfois perçu comme le nouveau symbole d'une génération grâce la portée de ses textes et l'authenticité de ses retranscriptions. Il n'en fait jamais trop et reste fidèle à son style originel, musicalement et vestimentairement parlant. 
Il a voulu détonner, selon ses dires, en proposant une couverture assez sobre. On voit donc une photo "vintage" de lui enfant avec famille, et pour l'édition Deluxe, le van qui appartenait à ses parents. Une façon visuelle d'affirmer une certaine authenticité. Il précise aussi "a short film by Kendrick Lamar" (écrit par ScHoolBoy Q sur la couverture). Plongeons nous donc dans le monde intriguant de Mr. Duckworth.


Révéler une analyse track par track ne serait pas judicieux dans ce cas de figure. En effet, K.Dot plonge son auditeur dans un univers particulier et chacun des morceaux est la suite d'un tout. De sa rencontre avec la dénommée Sherane jusqu'à ses rencontres hasardeuses avec des individus cagoulés et menaçants (Poetic Justice), on est véritablement plongé dans une histoire propre autour des chansons. L'album commence  avec la récitation d'une prière chrétienne sur Sherane a.k.a. Master Splinter puis l'évocation d'une fugace rencontre amoureuse à l'image des tourments existentiels constant des adulescents actuels. Bitch Dant Kill My Vibe reprend le sample des Boom Clap Bachelors sur le son Tiden Flyver. La boucle de la guitare est mélodieuse. Le titre est trompeur car le "bitch" ne semble pas s'adresser spécifiquement à la gente féminine mais plutôt à une personne indéfinie. Ce sont deux belles réussites pour l'entrée en matière. Kendrick Lamar démontre par la suite toutes ses capacités et sa polyvalence en tant que mc.

Il pose de manière "rageuse" (Backstreet Freestyle), chantonne, accélère le débit...l'homme est complet et il le démontre au fil des morceaux. The Art Of Peer Pressure est un petit bijou aux inspirations jazz et soulful pour commencer puis se transforme dans un second temps en ode minimaliste. Non content de proposer des tracks solides, il les décompose en plusieurs parties. Kendrick Lamar réussit le tour de force de thématiser ses textes tout en associant les paroles à la composition qui semble le plus convenir. Mention spéciale pour les invités qui se comptent au nombre de cinq (Dr.Dre présent sur The Recipe et Compton, DrakeMC Eiht, Jay Rock et Mary J. Blige). Chaque participation est utile ou presque (Now Or Never), pas de superflu, on note même les absences de Ab-Soul et ScHoolBoy-Q (participation non créditée sur M.A.A.D City). Good Kid est une association réussie avec semble t-il Pharrell Williams (bizarrement non mentionnée) sur le refrain et comme toujours des  paroles porteuses d'un message profond sur les antagonismes entre la jeunesse noire et les autorités. 

"Mass hallucination baby
Ill education baby
Want to reconnect with your elations
This is your station baby"

"Can we live in the same society
It's entirely stressful upon my brain
You hired me as a victim
I quietly hope for change
When violence is the rhythm"

M.A.A.D City est également divisé en deux parties instrumentales distinctes. MC Eiht fait le boulot sur cet hommage à la ville de Compton et à ses guerres de gangs. Les sujets sont communs mais variés et sont traités avec maestria comme sur Sing About Me, I'm Dying of Thirst (traduisible par "chantez pour moi, je meurs de soif"). Kendrick Lamar y évoque le décès de personnes et relate des instants de vie en se plaçant comme un narrateur. Cela ressemble à des lettres ou des messages que lui ont envoyé des fans ou des éléments de son entourage.

"I said when the lights shut off
And its my turn to settle down
My main concern
Promise that you will sing about me"
"This piru* shit been in me forever
So forever I'mma push it, wherever whenever
And I love you cause you love my brother like you did
Just promise me you'll tell this story when you make it big"

Il effectue ce jeu de narration à plusieurs reprises notamment sur le hit Swimming Pools,  une critique subtile et chantée de l'alcool et de ses méfaits . Nul besoin d'en dire plus sur ce potentiel futur classique. C'est dit et la "prise de risques" est assumée. Ce projet est à écouter du début à la fin sans mettre pause car le plaisir n'en sera que meilleur. Le temps dira si oui ou non, Good Kid, M.A.A.D City marquera l'histoire. Kendrick Lamar n'est pas là pour faire bouger les foules, il émeut son auditeur, le fait réfléchir, s'interroger. Wiz Khalifa, Meek Mill ou A$AP Rocky peuvent venir avec ce qu'ils veulent l'album de l'année 2012 est là. Et même si beaucoup d'amateurs envisageaient cette réussite, rien n'est plus substantiel que la confirmation des espoirs attendus.

Swimming Pools, le second single

Une interview explicative sur la couverture de l'album


The Heart Pt. 3 , un son bonus qui n'est pas sur l'album




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*M.A.A.D.: "My Angry Adolescence Divided" et "My Angel's on Angel Dust"